Le loup terrible : une espèce en voie de dés-extinction ?

CHRONIQUES DU VIVANT

RinaScitA

4/9/20264 min temps de lecture

Il s'agit ici de l'une des nouvelles du début d'année 2025 qui a le plus fait réagir. Tout a commencé avec cette annonce de la start-up américaine Colossal Laboratories And Biosciences, qui prétend avoir réalisé l'exploit de ressusciter une espèce disparue de la surface de la Terre il y a plus de 10 000 ans : j'ai nommé le loup terrible, autrement appelé loup sinistre. Bien que critiquée par de nombreux scientifiques et chercheurs, je me suis penché sur la question afin de comprendre comment cette société pouvait prétendre à un tel exploit.

Ce qu'il faut savoir avant toute chose, c'est que Colossal Laboratories And Biosciences n'est pas une petite start-up. Cette société texane, dont l'expérience s'est déroulée à Dallas, pèse des milliards de dollars. Cela pourrait rendre son annonce crédible de prime abord, mais lorsque l'on regarde de plus près les détails de son projet autour du loup terrible, le constat est bien différent.

L'objectif de cette expérience était en réalité de reproduire les caractéristiques morphologiques de cet animal. Considéré comme l'un des plus grands canidés ayant existé sur Terre, ses caractéristiques diffèrent quelque peu du loup gris que nous connaissons aujourd'hui.

Le loup sinistre est plus grand, son pelage est blanc, et il possédait des dents ainsi qu'une force mandibulaire bien supérieures à celles de notre loup commun. Peut-être que certains d'entre vous reconnaîtront cette espèce, popularisée notamment par la série Game of Thrones et les « loups » des enfants Stark.

Comparatif des tailles du loup gris, du loup terrible et d'un être humain. ©Colossal Laboratories and Biosciences

©Christopher Klee / Colossal Laboratories and Biosciences

Espèce éteinte à l'état sauvage, d'après le statut de conservation de l'UICN.

En réalité, tout commence à Dallas, où pendant plusieurs mois, la start-up a travaillé dans le plus grand secret. En ce qui concerne l'origine des cellules d'ADN, la réponse reste floue. Plusieurs médias évoquent une dent de loup sinistre vieille d'au moins 13 000 ans, ou encore un crâne datant de plus de 72 000 ans. Toujours est-il que pas moins de 20 mutations génétiques, réparties sur 14 gènes, ont été reproduites. Cependant, la nature exacte de ces mutations n'a pas encore été révélée. En revanche, nous savons que des cellules sanguines de loup gris ont bien été utilisées, cette espèce étant jugée la plus pertinente pour se rapprocher du résultat attendu.

Pour réaliser cette modification, ils ont utilisé l'outil CRISPR-CAS9. Il s'agit de « ciseaux moléculaires » permettant de modifier une ou plusieurs séquences génétiques. Les noyaux de ces cellules embryonnaires ont ensuite été implantés dans les ovules de plusieurs chiennes domestiques.

Au cours de cette expérience, trois chiots ont vu le jour : Romulus, Rémus et Khaleesi (clin d'œil plus qu'évident à Game of Thrones). Cependant, c'est précisément à ce moment que les opinions divergent.

Source : CNRS

En effet, Colossal Lab. And Biosciences affirme avoir ressuscité l'espèce Aenocyon dirus. Pourtant, de nombreux scientifiques contestent cette affirmation.

Pour eux, il est inenvisageable qu'une espèce éteinte depuis plus de 10 000 ans puisse réellement renaître.

Et ils ont mis le doigt sur un élément fondamental : la définition même de ce qu'est une espèce.

En réalité, Colossal n'a pas ressuscité cette espèce. Son projet, depuis le départ, consistait à reproduire les caractéristiques morphologiques du loup sinistre. Et si l'on se base uniquement sur ce critère, alors oui, ils ont réussi. Les chiots nés sont effectivement plus grands et présentent un pelage blanc. Mais cela reste des individus génétiquement modifiés, intégrant notamment de l'ADN de loup gris. Les chercheurs de la start-up ont étudié certains gènes du loup sinistre, mais ils ne les ont pas entièrement reconstitués.

Colossal Biosciences justifie sa réussite par la ressemblance de ses chiots avec les interprétations morphologiques de l'Aenocyon dirus. Pour eux, si deux animaux se ressemblent, alors ils sont identiques.

Cela est scientifiquement faux.

Les phénotypes d'une espèce, sans prise en compte de son génotype, ne suffisent pas à la définir.

Une modification génétique n'est pas une désextinction.

Ces trois chiots n'ont donc rien à voir avec les individus présents sur Terre il y a 10 000 ans. On sait que l'extinction de cette espèce a eu lieu durant l'Holocène, une période géologique qui a commencé il y a moins de 12 000 ans et qui se poursuit encore aujourd'hui. Sa disparition est probablement due au réchauffement climatique, à la raréfaction de ses proies ou encore à l'apparition de nouveaux prédateurs. Mais la définition d'une espèce va bien au-delà de quelques fragments d'ADN : elle inclut des comportements, un mode de vie, un environnement et probablement un apprentissage transmis au sein de la meute.

Romulus ©Colossal Laboratories Biosciences

Rémus ©Colossal Laboratories Biosciences

Khaleesi ©Colossal Laboratories Biosciences